Compteur Linky : les Français le payeront, le monde politique s'insurge contre ce «scandale»

Si l'Etat avait promis que les compteurs Linky allaient être gratuits, l'affaire ne serait pas aussi simple, selon Le Parisien. En raison du mécanisme de «différé tarifaire», chaque Français rembourserait de fait le compteur controversé.

Compteur Linky : les Français le payeront, le monde politique s'insurge contre ce «scandale»

Selon une information du Parisien le 31 mai, l'Etat n'honorera pas sa promesse de ne pas facturer auprès du contribuable le compteur intelligent électrique Linky. S’appuyant sur un rapport de la Cour des comptes de 2018, le quotidien explique comment la facture du controversé compteur pourrait revenir in fine aux consommateurs via le mécanisme de «différé tarifaire» qui doit entrer en vigueur en 2022.

Pourtant en 2011, le ministre de l’industrie et de l’énergie Eric Besson avait soutenu que Linky ne coûterait «pas un centime aux particuliers». Près de 90% des Français ont de fait vu leur ancien compteur être remplacé par Linky, pour un coût selon la Cour des comptes de plus de 5,7 milliards d'euros – soit 130 euros par foyer – auxquels s'ajoutent des frais annexes, selon le quotidien. 

Un coût notamment financé par un prêt auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI) avec un taux particulièrement avantageux de 0,77%. Or, comme le soulignait la Cour des comptes il y a trois ans, c’est là où le mécanisme de «différé tarifaire» entre en jeu puisqu’il représente en réalité «une avance faite par Enedis, remboursée par les consommateurs». Par conséquent affirme Le Parisien, dès 2022, «plusieurs centaines de millions d’euros [seront] prélevés chaque année sur la facture, pour un total de 2 milliards d’euros en 2030».

D'autre part, un montage financier permettra au gestionnaire du réseau pour particuliers, Enedis, d'empocher «in fine une marge de 2,8 %, soit un demi-milliard d’euros d’intérêts supplémentaires».

Une information qui est plutôt mal passée, tous bords politiques confondus, hormis au centre. Le député de La France insoumise (LFI), François Ruffin, l'un des rares ayant visiblement refusé le Linky s'offusque : «Et qui va payer les compteurs Linky ? Les usagers. 130 euros par appareil. Alors que, c'était promis : "Ça ne coûterait rien aux particuliers." J'ai bien fait de faire le mort chaque fois qu'ils passaient chez moi pour me le fourguer.»

Le sénateur communiste (PCF) estime que «c’est l’histoire d’un compteur imposé à marche forcée, posé par des sous-traitants, parfois sans consentement». «Il était gratuit et devait permettre de faire des économies», complète-t-il. «Et à la fin, l’usager va le payer, pour remplir les poches des futurs actionnaires privés», conclut-il dans un tweet. Son collègue PCF, Eric Bocquet, évoque pour sa part un «scandale».

Le député de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, considère qu'il s'agit là d'une parade «des pouvoirs publics [...] pour régler la facture d’un compteur que beaucoup de Français refusaient». «Enedis ne s’est jamais aussi bien rémunéré que sur le dos du consommateur», ajoute l'élu de l'Essonne.

Pour l'ancien député et actuel président de VIA, la voie du peuple, Jean-Frédéric Poisson, «l'affaire Linky montre le mensonge permanent dans lequel les Français nagent». «Et après, quand ils doutent ou alertent, on les traite de complotistes ! Pour repartir durablement, la France a besoin de clarté et de stabilité. Et les Français de respect», s'alarme-t-il.

Selon, l'eurodéputé du Rassemblement national, Gilbert Collard, «on nous prend vraiment pour des c...!».

L'UFC Que choisir est aussi montée au créneau. «Aujourd’hui, et plus que jamais, compte tenu de l’explosion des prix de l’électricité, les pouvoirs publics doivent empêcher Enedis de surfacturer les consommateurs pour le Linky», alerte l'association de défense de consommateurs.

Néanmoins, le député de La République en marche Anthony Cellier conteste l'information parue dans Le Parisien, et relayée par les politiques de l'opposition : «Le coût du déploiement de Linky est intégré au tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) définit (en indépendance !) par la CRE [Commission régulation de l'énergie]. Pas de coûts additionnels, ni de remboursement à prévoir pour l’installation des compteurs.»